MALAÏK EL RÎH… PRINCE DU VENT…
Et s’il était une fois…

 

 

FILS DU VENT

 

 

 

 

 

(in Ecritures 1998, Académie Nancy-Metz, Crac, page 76) N°exemplaire : 9387

Premier prix du conte de Sarreguemines

 

 

     Il y a bien longtemps, l’Univers était partagé en quatre royaumes : le Royaume des Terres, le Royaume de l’Air, le Royaume de l’Eau et le Royaume de Feu.

    Safy la Pure vivait dans le royaume de l’Air. Safy la pure était une jument. Mais… pas n’importe quelle jument… Safy la Pure était un cheval ailé. Safy la Pure était d’ une merveilleuse beauté : elle portait une magnifique robe immaculée ; sa crinière soyeuse, sans cesse en mouvement, enveloppait sa gracieuse encolure, tandis que derrière elle sa splendide queue moussait en un nuage de neige ; de son dos d’opale prenaient naissance deux immenses ailes irisées qu’elle déployait lorsqu’elle prenait son envol. Au galop scintillaient ses sabots de cristal. Ses grands yeux brillaient de poussières d’étoiles.

Le Prince Vent était le souverain du royaume de l’Air. Un jour, alors qu’il se promenait dans son domaine, il fut comme ébloui par une étoile filante plus lumineuse que l’éclair : c’était Safy la Pure qui venait de se poser ! Elle se retourna lentement et l’aperçut. Le Prince Vent rencontra son regard de diamant. Aussitôt, il tomba éperdument amoureux d’elle. Et il lui demanda si elle l’accepterait pour époux.

    Quelques jours plus tard, tout le Royaume de l’Air était en liesse. On célébrait les noces du Prince Vent avec Safy la Pure.

*

     Le Prince Vent et Safy la Pure furent très heureux. Safy la Pure donna naissance à trois fils. L’aîné, Simoun, était un alezan couleur de feu ; sa crinière et sa queue dorées se tordaient comme des flammes. Son frère cadet s’appelait Mistral ; il avait une robe gris clair ; ses crins argentés ondoyaient autour de son encolure luisante. Enfin le benjamin était plus noir que le jais ; il portait seulement une petite étoile blanche sur le front ; il avait nom Ouragan.

    Les trois fils du Prince Vent étaient très attachés les uns aux autres. Ils aimaient beaucoup écouter leur mère leur décrire des pays qu’ils ne connaissaient pas. Ces pays fabuleux avaient nom : Royaume des Terres, Royaume de l’Eau, Royaume de Feu.

« Maman, demandaient-ils souvent, quand pourrons-nous visiter ces merveilleux royaumes ?

- Lorsque vous aurez atteint votre majorité », répondait doucement Safy la Pure. Puis comme elle voyait les petits soupirer, elle reprenait : « Pour le moment explorez donc d’abord votre domaine, le Royaume de l’Air ! Il est tellement magnifique ! » Aussitôt, les trois enfants retrouvaient le sourire.

Le temps passait, et la majorité de Simoun, l’aîné des fils du Prince Vent, approchait. Un jour, Simoun annonça à ses frères :

    « Moi, j’irai d’abord visiter le Royaume de Feu. Maman a dit qu’on y voyait des palais de lumière et des forêts de flammes.

    - Oh, tu nous raconteras ! le supplièrent ses frères.

    - Bien sûr ! Puis il réfléchit : Mais non ! remarqua-t-il. Il se peut que j’y reste assez longtemps, et vous serez adultes pendant ce temps-là ! Vous serez donc partis, vous aussi !

    - Alors, déclara Mistral, j’irai d’abord visiter le Royaume de l’Eau.

    - Et moi, le Royaume des Terres » renchérit Ouragan.

    Et le départ pour l’inconnu arriva pour Simoun. Les trois frères convinrent d’une certaine date, à laquelle ils promirent de se retrouver auprès de leur père, au Royaume de l’Air, afin de rendre compte de leurs aventures. Puis, après avoir embrassé son père le Prince Vent, sa mère Safy la Pure, et ses deux frères chéris Mistral et Ouragan, Simoun prit la direction du royaume de Feu.

    Peu de temps après, Mistral reçut l’autorisation d’entamer son voyage au Royaume de l’Eau. Et enfin ce fut au tour d’Ouragan de partir pour le Royaume des Terres.

*  

    Simoun l’Ardent déploya ses immenses ailes flamboyantes et, le cœur battant, prit son envol. Il avait été chaleureusement accueilli par le Roi Soleil qui régnait sur le Royaume de Feu, dans le respect de l’amitié qui liait les quatre souverains des quatre royaumes. Maintenant, Simoun avait une importante requête à lui présenter, mais, malgré la bienveillance du Roi, il était profondément ému. En effet, le cœur de Simoun l’Ardent était consumé d’une passion brûlante depuis qu’il avait rencontré la fille du Roi Soleil, la Belle Etoile. La Princesse partageait sa flamme. Simoun demanda donc au Roi de lui accorder sa fille en mariage.

    Ainsi le Roi Soleil, souverain du Royaume de Feu, eut-il le bonheur de célébrer l’union de sa fille la Belle Etoile avec Simoun l’Ardent, fils du Prince Vent, souverain du Royaume de l’Air.

Mistral l’Impétueux éclata de rire, puis il allongea le galop pour rattraper Luna, faisant jaillir de sa crinière d’argent des milliers de gouttelettes. Luna se jouait de lui ! Elle conn aissait toutes les cachettes de ce territoire ! Mistral força encore l’allure, franchit la crête d’une vague écumante et se retrouva aux côtés de la jolie Luna, qui le regardait d’un air moqueur.

Mistral se plaisait beaucoup au Royaume de l’Eau, et la Reine Mer était vraiment gentille. Cependant, la date approchait , à laquelle il avait promis de retourner au Royaume de l’Air rejoindre sa famille. Lorsque le temps de son départ fut venu, Mistral l’Impétueux demanda à la Reine Mer la permission d’emmener sa fille, la Princesse Luna.  

    Ouragan le Magnifique ploya ses longues ailes d’ouragan de nuit. Ouragan le Magnifique baissa la tête, et son toupet de jais cacha ses yeux de velours. Et Ouragan le Magnifique demanda à la Princesse Cybèle si elle voulait bien partager sa vie avec lui.

    Cybèle était heureuse. Elle allait partir avec Ouragan pour le Royaume de l’Air. Elle prit congé de sa mère, l’Impératrice Gaïa du Royaume des Terres, en lui promettant de revenir bientôt. Puis Cybèle et Ouragan prirent leur envol pour le Royaume de l’Air.

*

« S

  imoun ! Mistral ! Ouragan ! » Grande fut la joie des retrouvailles. Pour chacun des fils du Prince Vent, le bonheur de se revoir égalait le plaisir et la fierté de pouvoir présenter une charmante épouse à toute la famille. Les trois Princesses, Belle Etoile, Luna et Cybèle, devinrent tout de suite amies. Elles se plaisaient beaucoup au Royaume de l’Air. Et le Prince Vent et Safy la Pure admiraient les jeux auxquels se livraient les jeunes amoureux. Tourbillons de crinières flamboyantes entre Simoun l’Ardent et Belle Etoile du Royaume de Feu, luisances d’ailes argentées pour Mistral l’Impétueux et Luna du Royaume de l’Eau, tonnerre de sabots du côté d’Ouragan le Magnifique avec Cybèle du Royaume des Terres.

    Cependant, les trois couples ne pouvaient pas éternellement vivre au Royaume de l’Air. Or les trois frères ne souhaitaient pas une nouvelle séparation. De plus, chacun ayant raconté les merveilles des pays découverts, ils se prirent tous à rêver d’un monde qui mêlerait les quatre éléments, et dans lequel ils pourraient tous vivre. Mais où trouver un tel endroit ?

    Ils en étaient là dans leurs réflexions lorsque Cybèle rappela qu’elle avait promis à sa mère, l’Impératrice Gaïa du Royaume des Terres, de retourner auprès d’elle.

    « Mais j’y pense, s’exclama soudain Cybèle, pourquoi ne demanderions-nous pas à Maman de nous donner une de ses planètes, sur laquelle nous pourrions apporter chacun des quatre éléments ? Elle sera sûrement d’accord ! » Les cinq autres furent enchantés de la proposition de Cybèle. Et les six Chevaux Volants déployèrent à nouveau leurs ailes de Vent, et partirent ensemble pour le Royaume des Terres.

L’Impératrice Gaïa du royaume des Terres fut très joyeuse de revoir sa fille et son beau-fils, ainsi que de faire la connaissance des deux autres fils du Vent et de leurs épouses. Elle accéda volontiers à leur demande.

    Ainsi, l’Impératrice Gaïa accorda à ses invités le droit de séjourner sur une petite planète de son immense empire, justement appelée Terre. Les six Chevaux Volants de Vent pouvaient même y vivre pour toujours et y apporter les quatre éléments, mais à une seule condition. En effet, cette petite planète Terre était déjà habitée par des hommes ; ils avaient pour tâche d’évoluer et de s’occuper de leur planète. Or l’Impératrice Gaïa craignait que la vue des splendides Chevaux Volants de Vent ne les rendît envieux de leur trop grande rapidité, et ne leur donnât des désirs de conquête de l’espace, avant même d’avoir mené à bien leur entreprise sur la planète Terre.

    C’est pourquoi la mère de Cybèle demanda aux Fils du Vent et à leurs épouses de se séparer de leurs ailes de Vent et de les laisser dans l’Air, le temps de leur séjour sur Terre.

    Simoun l’Ardent et Belle Etoile s’installèrent dans le désert, dont la chaleur leur rappelait le royaume de Feu. Ils laissaient au-dessus d’eux leurs ailes de Vent. Les hommes baptisèrent Simoun ce vent violent du Sud, extrêmement chaud et sec, qui souffle sur les régions désertiques de l’Arabie, de la Perse et du Sahara.

Bientôt, Simoun l’ardent et Belle Etoile eurent un fils. Ainsi naquit le Pur-Sang Arabe, le plus beau de tous les chevaux, fils d’une Etoile et du Vent du Désert.

   La Reine Mer avait fait un somptueux cadeau à Luna et Mistral l’Impétueux : elle leur avait offert la meilleure Eau de son royaume, une Eau bleue et limpide, tantôt salée et tantôt douce. Luna et Mistral, s’ils laissèrent leurs ailes de Vent dans l’Air, apportèrent cette Eau sur Terre. Et les hommes nommèrent Mistral le vent violent qui souffle du Nord ou du Nord-Ouest dans la vallée du fleuve Rhône et sur la Mer Méditerranée.

    C’est dans cette région que naquit le fils de Mistral l’Impétueux et de Luna. Voilà l’origine du Camarguais, le cheval blanc venu de la mer.

 Ouragan le Magnifique et Cybèle décidèrent d’habiter des terres plus au Nord. Les hommes appelèrent Ouragan une forte tempête caractérisée par un vent très violent,

dû aux ailes de Vent d’Ouragan restées dans l’Air.

    Le fils d’Ouragan le Magnifique et de Cybèle est maintenant un cheval très puissant ; c’est le Frison à robe d’ébène.

*

    Voilà pourquoi tous les chevaux sont issus du Vent. Chaque vent est une aile laissée par un cheval. Maintenant les chevaux sont devenus les amis des hommes. Et quand les chevaux meurent, ils retrouvent les ailes de Vent qu’ils avaient perdues en venant sur Terre. Alors ils peuvent s’envoler, et ils retournent galoper dans la prairie d’émeraude qui verdoie éternellement au royaume des Chevaux Ailés. Et Safy la Pure se tient aux côtés de son époux le Prince Vent. Ils contemplent l’œuvre de leurs enfants, chargés d’apporter un souffle de rêverie et de merveilleux sur Terre.

 

 

 

 

Texte : M. T. Remerciements à R.J. pour la saisie.